Le marché des fleurs de CBD connaît une croissance remarquable en France, avec une multiplication des événements dédiés à ce produit issu du cannabis. Face à cette expansion, les organisateurs et exposants se trouvent confrontés à un cadre légal complexe, entre autorisation de la commercialisation du CBD et interdiction du THC. Cette situation crée une zone grise juridique particulièrement délicate lors des foires et salons. Les professionnels du secteur doivent naviguer entre différentes réglementations nationales et européennes, tout en s’adaptant à une jurisprudence en constante évolution. Quelles sont les règles applicables aux événements dédiés au CBD? Comment organiser un salon dans le respect du cadre légal? Quelles précautions prendre pour exposer des fleurs de CBD sans risque juridique?
Le statut juridique du CBD en France : fondements et évolutions récentes
Le cannabidiol (CBD) est l’un des nombreux cannabinoïdes présents dans la plante de cannabis. Contrairement au tétrahydrocannabinol (THC), le CBD ne produit pas d’effets psychotropes. Cette distinction fondamentale constitue la base de son traitement juridique spécifique en France.
La législation française concernant le CBD a connu des bouleversements majeurs ces dernières années. Historiquement, la France maintenait une position restrictive, considérant tout produit issu du cannabis comme relevant du régime des stupéfiants. Un tournant décisif s’est produit avec l’arrêt Kanavape de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) du 19 novembre 2020. Cette décision a contraint la France à revoir sa position en affirmant qu’un État membre ne peut interdire la commercialisation du CBD légalement produit dans un autre État membre, sauf à démontrer un risque réel pour la santé publique.
Suite à cette jurisprudence européenne, la France a dû adapter sa réglementation. L’arrêté du 30 décembre 2021 relatif au cannabis a ainsi fixé les contours du cadre légal actuel. Ce texte autorise la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des seules variétés de cannabis sativa L. dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3%. Cette limite, relevée par rapport au seuil précédent de 0,2%, s’aligne sur les standards européens.
Un aspect fondamental de cette réglementation concerne les parties de la plante pouvant être utilisées. L’arrêté limite l’utilisation aux fibres et graines, mais interdit explicitement l’usage des fleurs et feuilles à l’état brut. Cette disposition a fait l’objet de nombreuses contestations, aboutissant à une décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022 qui a suspendu l’interdiction générale et absolue de commercialisation des fleurs et feuilles de chanvre.
Dans son analyse, le Conseil d’État a considéré que cette interdiction n’était pas proportionnée, puisque les fleurs et feuilles de chanvre contenant moins de 0,3% de THC ne présentent pas de risque pour la santé publique. Cette décision a ouvert la voie à un marché légal des fleurs de CBD en France, sous réserve du respect du seuil de THC.
Distinction entre CBD et produits stupéfiants
La frontière légale entre le CBD et les produits stupéfiants repose essentiellement sur la teneur en THC. La législation française s’aligne désormais sur la position européenne en fixant un seuil de 0,3%. Tout produit dépassant cette limite bascule dans la catégorie des stupéfiants, soumis à l’interdiction prévue par l’article L.5132-1 du Code de la santé publique.
Cette distinction strictement quantitative pose des défis pratiques considérables, notamment en matière de contrôle. Les organisateurs d’événements et les exposants doivent être en mesure de garantir que les produits présentés respectent ce seuil, ce qui nécessite des analyses précises et documentées.
- Seuil légal de THC : 0,3% maximum
- Variétés autorisées : uniquement Cannabis sativa L.
- Analyses obligatoires : certification de la teneur en THC
- Documentation : traçabilité complète des produits
Cette évolution du cadre légal a permis l’émergence d’un marché structuré du CBD en France, incluant l’organisation de foires et salons spécialisés. Toutefois, les organisateurs et exposants évoluent dans un environnement juridique encore instable, marqué par des interprétations variables selon les juridictions et les autorités administratives.
Cadre réglementaire spécifique aux foires et salons professionnels
L’organisation d’événements dédiés aux fleurs de CBD s’inscrit dans le cadre général applicable aux foires et salons en France, tout en présentant des particularités liées à la nature sensible des produits exposés. Cette double dimension réglementaire constitue un défi majeur pour les organisateurs.
Les foires et salons sont régis par le Code de commerce, notamment ses articles L.762-1 et suivants. Ces dispositions définissent les manifestations commerciales comme « des événements organisés périodiquement, au cours desquels plusieurs personnes physiques ou morales présentent des biens ou offrent des services ». Les événements consacrés au CBD entrent pleinement dans cette définition, mais leur spécificité tient à la nature particulière des produits exposés.
La déclaration préalable constitue une obligation fondamentale pour tout organisateur. Conformément à l’article R.762-1 du Code de commerce, cette déclaration doit être adressée au préfet du département où se tient la manifestation, au moins deux mois avant son ouverture. Dans le cas des événements dédiés au CBD, cette déclaration revêt une importance stratégique, car elle permet aux autorités d’évaluer la conformité de l’événement avec la réglementation sur les stupéfiants.
Le dossier de déclaration doit contenir des informations précises sur la manifestation (dates, lieu, thématique), mais pour un salon CBD, il est vivement recommandé d’inclure des précisions supplémentaires :
- Une mention explicite du respect du seuil de 0,3% de THC pour tous les produits exposés
- Les mesures de contrôle mises en place pour garantir cette conformité
- Les conditions d’accès (limitation aux professionnels ou ouverture au public)
- Un engagement à ne pas promouvoir l’usage de substances psychoactives
L’accessibilité au public constitue un point sensible. Si les salons professionnels réservés aux acteurs du secteur bénéficient d’une certaine tolérance, les événements ouverts au grand public sont soumis à un examen plus rigoureux. La circulaire du 23 juillet 2018 relative à l’application de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé recommande la plus grande vigilance concernant les manifestations susceptibles de promouvoir l’usage de produits dérivés du cannabis, même lorsque ceux-ci sont légaux.
La question de la publicité entourant ces événements mérite une attention particulière. L’article L.3421-4 du Code de la santé publique interdit la provocation à l’usage de stupéfiants. Bien que le CBD ne soit pas classé comme stupéfiant, sa proximité avec le cannabis peut créer une confusion dans l’esprit du public. Les supports promotionnels doivent donc être soigneusement conçus pour éviter toute ambiguïté, en insistant sur la nature légale des produits et leur distinction claire avec les stupéfiants.
Les autorités locales disposent d’un pouvoir d’appréciation considérable. Le maire, en vertu de ses pouvoirs de police administrative (article L.2212-2 du Code général des collectivités territoriales), peut intervenir pour prévenir les troubles à l’ordre public. Plusieurs salons du CBD ont ainsi fait l’objet d’arrêtés municipaux interdictifs, notamment à Nice en 2019 et à Metz en 2021. Ces décisions ont généralement été motivées par des considérations d’ordre public, mais reflètent parfois une interprétation restrictive du cadre légal applicable au CBD.
Spécificités des contrôles administratifs
Les événements dédiés au CBD font l’objet d’une vigilance particulière de la part des autorités. Les contrôles peuvent intervenir à différents moments :
Avant l’événement : examen approfondi du dossier de déclaration, avec possibilité pour le préfet de s’opposer à la tenue de la manifestation s’il estime qu’elle présente un risque pour l’ordre public ou qu’elle pourrait constituer une incitation à la consommation de stupéfiants.
Pendant l’événement : visites inopinées des services de police ou de gendarmerie, souvent accompagnés d’agents de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) ou des Douanes. Ces contrôles visent principalement à vérifier la conformité des produits exposés avec le seuil légal de THC.
Ces spécificités réglementaires exigent une préparation minutieuse de la part des organisateurs, qui doivent anticiper les exigences administratives tout en préservant l’attractivité commerciale de leur événement.
Obligations légales des organisateurs d’événements CBD
Les organisateurs de foires et salons dédiés aux fleurs de CBD assument une responsabilité juridique considérable. Leur position les place à l’interface entre les exposants, le public et les autorités, ce qui multiplie les obligations légales auxquelles ils sont soumis.
La vérification préalable des produits constitue une obligation fondamentale. L’organisateur doit mettre en place un système de contrôle permettant de s’assurer que tous les produits présentés respectent le seuil légal de 0,3% de THC. Cette vérification peut prendre plusieurs formes :
Exigence de certificats d’analyse délivrés par des laboratoires agréés pour chaque lot de produits exposés. Ces analyses doivent provenir d’établissements reconnus, utilisant des méthodes conformes aux standards européens (notamment la méthode chromatographique validée par le règlement (UE) n°639/2014).
Mise en place d’un contrôle à l’entrée du salon, avec des tests rapides permettant de détecter les produits non conformes. Cette approche, bien que moins fiable que les analyses de laboratoire, peut constituer une première barrière efficace.
Constitution d’un dossier technique pour chaque exposant, comprenant les informations sur l’origine des produits, leur composition et les garanties de conformité.
La traçabilité des produits représente un autre volet majeur des obligations des organisateurs. Conformément à l’arrêté du 30 décembre 2021, les produits à base de chanvre doivent pouvoir être tracés depuis leur production jusqu’à leur commercialisation. Dans le contexte d’un salon, l’organisateur doit être en mesure de fournir aux autorités, en cas de contrôle :
- L’origine précise des produits (pays de production, exploitation agricole)
- Les documents douaniers pour les produits importés
- Les certificats attestant que les variétés utilisées figurent au catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles de l’Union européenne
L’information des exposants constitue une responsabilité centrale. L’organisateur doit élaborer un règlement intérieur détaillant les exigences légales applicables aux produits exposés. Ce document, qui fait partie du contrat liant l’organisateur à l’exposant, doit préciser :
Les conditions d’admission des produits (seuil de THC, documentation requise)
Les procédures de contrôle mises en place pendant l’événement
Les sanctions applicables en cas de non-conformité (exclusion immédiate, signalement aux autorités)
Les règles encadrant la présentation et la promotion des produits
La gestion des risques juridiques implique également une attention particulière aux aspects assurantiels. L’organisateur doit souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée à la nature particulière de l’événement. Cette assurance doit couvrir spécifiquement les risques liés à l’exposition de produits dérivés du cannabis, ce qui peut nécessiter des contrats sur mesure, certains assureurs excluant explicitement ce type de risques de leurs garanties standard.
En cas de contrôle des autorités pendant l’événement, l’organisateur joue un rôle d’interface crucial. Il doit :
Désigner un responsable chargé des relations avec les autorités, idéalement formé aux aspects juridiques spécifiques du CBD
Tenir à disposition l’ensemble de la documentation relative aux produits exposés
Faciliter l’accès des agents aux stands et aux produits
Coopérer pleinement aux opérations de vérification
Responsabilité pénale des organisateurs
La responsabilité pénale des organisateurs peut être engagée dans plusieurs situations. Si des produits dépassant le seuil légal de THC sont découverts lors de l’événement, l’organisateur pourrait être poursuivi pour complicité de trafic de stupéfiants, en application de l’article 222-37 du Code pénal. Cette infraction est passible de dix ans d’emprisonnement et de 7,5 millions d’euros d’amende.
De même, si la communication autour de l’événement peut être interprétée comme une incitation à la consommation de stupéfiants, l’organisateur encourt les peines prévues par l’article L.3421-4 du Code de la santé publique (cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende).
Pour se prémunir contre ces risques, l’organisateur doit mettre en place une politique de diligence raisonnable, documentant toutes les mesures prises pour garantir la conformité de l’événement avec le cadre légal. Cette documentation constitue un élément de défense précieux en cas de poursuites, en démontrant l’absence d’intention délictueuse.
Conformité des produits exposés : contrôles et certifications
La conformité des fleurs de CBD exposées lors des foires et salons spécialisés repose sur un système de contrôles et de certifications rigoureux. Ce système vise à garantir que les produits respectent les exigences légales, notamment le seuil maximal de 0,3% de THC.
Les analyses de laboratoire constituent la pierre angulaire de ce dispositif. Pour être recevables, ces analyses doivent être réalisées par des laboratoires accrédités selon la norme ISO/IEC 17025, qui fixe les exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’étalonnages et d’essais. En France, l’accréditation est délivrée par le Comité français d’accréditation (COFRAC).
La méthodologie analytique doit suivre les protocoles standardisés au niveau européen. La méthode de référence est la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS), qui permet une quantification précise des cannabinoïdes présents dans l’échantillon. Cette méthode est explicitement mentionnée dans le règlement d’exécution (UE) n°809/2014 de la Commission.
Pour chaque lot de produits, l’analyse doit déterminer :
- La teneur en THC (qui doit être inférieure à 0,3%)
- La teneur en CBD (à titre informatif)
- La présence éventuelle d’autres cannabinoïdes
- L’absence de contaminants (pesticides, métaux lourds, moisissures)
Le certificat d’analyse délivré doit comporter des informations précises : identification du lot analysé, méthode utilisée, résultats détaillés, marge d’erreur et conclusion claire sur la conformité du produit. Ce document doit être daté de moins de six mois pour être considéré comme valide lors d’un contrôle.
Les contrôles sur site pendant les événements peuvent être réalisés par différentes autorités. Les Douanes disposent de kits de détection rapide du THC, permettant d’identifier les produits suspects qui seront ensuite soumis à une analyse plus approfondie. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) peut également intervenir pour vérifier la conformité des produits avec les règles d’étiquetage et les allégations commerciales.
En cas de doute sur la conformité d’un produit, les agents peuvent procéder à une saisie conservatoire, en application de l’article L.215-7 du Code de la consommation. Les échantillons prélevés sont alors envoyés pour analyse au Service commun des laboratoires (SCL), qui dispose de l’expertise nécessaire pour quantifier précisément les cannabinoïdes.
Étiquetage et traçabilité des produits
L’étiquetage des fleurs de CBD constitue un aspect fondamental de leur conformité légale. Conformément au règlement (UE) n°1169/2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (applicable par extension aux produits à base de chanvre), l’étiquette doit comporter :
La dénomination précise du produit (« fleurs de chanvre à faible teneur en THC » plutôt que termes ambigus comme « weed légale »)
La teneur en cannabinoïdes (CBD et THC), exprimée en pourcentage
Le nom de la variété de cannabis utilisée (qui doit figurer au catalogue européen)
Le pays d’origine
Le numéro de lot permettant la traçabilité
Les coordonnées du producteur et du distributeur
Les conditions de conservation
L’étiquetage ne doit comporter aucune allégation thérapeutique, conformément au règlement (CE) n°1924/2006. Des mentions comme « soulage l’anxiété » ou « combat l’insomnie » sont strictement interdites, sauf si le produit bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché en tant que médicament, ce qui n’est pas le cas des fleurs de CBD commercialisées en France.
La traçabilité des produits doit être assurée tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Pour les exposants, cela implique de conserver et de pouvoir présenter :
Les factures d’achat mentionnant précisément les lots concernés
Les documents de transport et, le cas échéant, les déclarations douanières
Les certificats d’analyse correspondant à chaque lot
Un registre des ventes réalisées pendant l’événement
Cette documentation complète permet, en cas de contrôle, de démontrer la bonne foi de l’exposant et sa diligence dans la vérification de la conformité des produits.
Les certifications privées se développent pour répondre aux exigences de traçabilité et de qualité. Des organismes comme l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC) ou le Syndicat professionnel du chanvre (SPC) proposent des labels garantissant le respect des normes légales et qualitatives. Ces certifications, bien que non obligatoires, constituent un gage de sérieux apprécié tant par les consommateurs que par les autorités de contrôle.
Stratégies juridiques pour sécuriser son événement CBD
Face à un cadre légal complexe et en évolution, les organisateurs d’événements dédiés aux fleurs de CBD doivent adopter des stratégies juridiques proactives pour sécuriser leurs manifestations. Ces approches permettent de réduire significativement les risques légaux tout en préservant l’attractivité commerciale de l’événement.
L’anticipation des démarches administratives constitue le premier pilier de cette stratégie. Au-delà de la déclaration obligatoire prévue par le Code de commerce, il est vivement recommandé d’engager un dialogue précoce avec les autorités compétentes :
Préfecture : solliciter un rendez-vous préparatoire pour présenter le projet d’événement, ses garanties en matière de conformité légale et répondre aux éventuelles préoccupations. Cette démarche permet souvent d’obtenir des indications précieuses sur les points d’attention particuliers des autorités.
Municipalité : rencontrer les services municipaux concernés (police municipale, service des manifestations) pour présenter les mesures de sécurité prévues et s’assurer de l’absence d’opposition locale.
Forces de l’ordre : informer en amont la gendarmerie ou la police nationale de la tenue de l’événement, en soulignant les dispositifs mis en place pour garantir la conformité des produits.
Cette approche collaborative présente l’avantage de démontrer la transparence de l’organisateur et sa volonté de respecter scrupuleusement le cadre légal. Elle permet également d’identifier précocement d’éventuels obstacles administratifs et d’y apporter des réponses adaptées.
La contractualisation rigoureuse avec les exposants forme le deuxième axe stratégique. Le contrat de participation doit inclure des clauses spécifiques relatives aux produits CBD :
- Engagement explicite de l’exposant à ne présenter que des produits conformes à la législation (teneur en THC inférieure à 0,3%)
- Obligation de fournir les certificats d’analyse pour chaque lot de produits exposés
- Acceptation des contrôles aléatoires organisés par l’organisateur pendant l’événement
- Clause résolutoire permettant l’exclusion immédiate en cas de non-conformité constatée
- Clause de garantie par laquelle l’exposant s’engage à indemniser l’organisateur pour tout préjudice résultant de la présentation de produits non conformes
Ces dispositions contractuelles créent un cadre juridique solide qui responsabilise les exposants tout en protégeant l’organisateur. Elles doivent être complétées par un règlement intérieur détaillé, remis à chaque participant et affiché visiblement sur le lieu de l’événement.
La mise en place d’un comité d’éthique constitue une innovation particulièrement pertinente pour les événements d’envergure. Ce comité, composé de juristes spécialisés, de représentants de la filière CBD et éventuellement d’anciens membres des forces de l’ordre, peut assumer plusieurs fonctions :
Validation préalable des dossiers des exposants
Contrôle aléatoire des produits pendant l’événement
Interface avec les autorités en cas de contrôle
Conseil aux exposants sur les aspects réglementaires
L’existence de ce comité démontre l’engagement de l’organisateur en faveur du respect de la légalité et constitue un argument de poids en cas de contentieux ultérieur.
Communication et gestion de crise
La stratégie de communication entourant l’événement doit être soigneusement élaborée pour éviter tout risque juridique. Les supports promotionnels doivent :
Utiliser une terminologie précise et non ambiguë (« chanvre bien-être » plutôt que « cannabis »)
Éviter toute référence à l’usage récréatif ou aux effets psychoactifs
Mettre en avant les aspects légaux, agricoles, industriels ou wellness du CBD
Préciser explicitement que seuls les produits conformes à la législation française seront admis
En parallèle, l’organisateur doit préparer un plan de gestion de crise pour faire face à d’éventuelles complications juridiques. Ce plan doit prévoir :
La désignation d’un porte-parole unique, formé aux enjeux juridiques
Des procédures précises en cas de contrôle des autorités
Des modèles de communiqués pour différents scénarios (découverte de produits non conformes, intervention des forces de l’ordre, etc.)
La mise en place d’une cellule juridique réactive, capable d’intervenir rapidement
Pour les événements de grande envergure, le recours à un huissier de justice peut s’avérer judicieux. Sa présence permet d’établir des constats objectifs sur le déroulement de l’événement et les mesures de contrôle mises en place. Ces constats constituent des éléments probatoires précieux en cas de contentieux ultérieur.
Enfin, la veille juridique permanente est indispensable dans un domaine où la réglementation évolue rapidement. L’organisateur doit se tenir informé des dernières jurisprudences, circulaires administratives et évolutions législatives susceptibles d’impacter son événement. Cette vigilance permet d’adapter les dispositifs de conformité aux exigences les plus récentes et de maintenir un niveau optimal de sécurité juridique.
Perspectives d’évolution du cadre légal et adaptation des acteurs du secteur
Le marché des fleurs de CBD en France se trouve à un carrefour réglementaire, avec des perspectives d’évolution qui pourraient profondément transformer le paysage des événements spécialisés. Les acteurs du secteur doivent anticiper ces changements pour adapter leurs stratégies et pérenniser leurs activités.
L’harmonisation européenne constitue un facteur déterminant d’évolution. La Commission européenne a engagé une réflexion sur un cadre réglementaire unifié pour les produits contenant des cannabinoïdes. Le Parlement européen a adopté en février 2023 une résolution appelant à clarifier le statut du CBD au niveau communautaire, notamment en fixant des seuils harmonisés de THC et des standards communs d’analyse.
Cette dynamique européenne pourrait aboutir à l’adoption d’un règlement spécifique qui s’imposerait directement aux États membres, limitant leur marge de manœuvre restrictive. Pour les organisateurs d’événements, cette évolution représenterait une sécurisation bienvenue, en réduisant les incertitudes juridiques actuelles.
Au niveau national, plusieurs scénarios d’évolution se dessinent. Le Conseil d’État doit encore statuer définitivement sur la légalité de l’interdiction des fleurs de CBD, après sa décision en référé du 29 décembre 2022. Cette décision pourrait consacrer définitivement la légalité du commerce des fleurs ou, au contraire, valider certaines restrictions.
Parallèlement, des initiatives parlementaires émergent pour clarifier le statut du CBD. La mission d’information sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis, créée par l’Assemblée nationale, a formulé des recommandations pour un encadrement plus cohérent. Parmi ces propositions figure la création d’un statut spécifique pour les produits à base de CBD, distinct tant des stupéfiants que des produits de consommation courante.
Adaptation des pratiques professionnelles
Face à ces évolutions potentielles, les professionnels du secteur développent des stratégies d’adaptation proactives :
La professionnalisation de la filière se manifeste par la création d’organisations représentatives structurées. Le Syndicat Professionnel du Chanvre (SPC) et l’Union des Professionnels du CBD (UPCBD) œuvrent à l’élaboration de standards de qualité et de bonnes pratiques. Ces organisations jouent un rôle d’interface avec les pouvoirs publics et contribuent à l’élaboration d’un cadre réglementaire adapté.
La mise en place de certifications volontaires témoigne de cette volonté d’autorégulation. Des labels comme « CBD Certifié » ou « Chanvre Bien-Être » garantissent aux consommateurs des produits conformes à des cahiers des charges stricts, allant souvent au-delà des exigences légales minimales. Pour les événements spécialisés, ces certifications offrent un critère de sélection objectif des exposants.
L’intégration verticale de la filière constitue une autre tendance notable. De nombreux acteurs développent une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production agricole à la commercialisation. Cette approche permet un contrôle total de la traçabilité et de la qualité des produits, réduisant les risques juridiques associés aux approvisionnements externes.
- Développement de variétés à très faible teneur en THC (moins de 0,2%)
- Mise en place de protocoles d’analyse internes, en complément des contrôles officiels
- Formation continue des équipes aux évolutions réglementaires
- Dialogue permanent avec les autorités locales et nationales
Pour les organisateurs d’événements, ces évolutions impliquent une adaptation constante de leurs pratiques. La tendance est à l’organisation de manifestations plus ciblées, combinant dimension commerciale et contenu informatif ou scientifique. Les salons professionnels du CBD intègrent désormais systématiquement des conférences sur les aspects médicaux, agronomiques ou juridiques, renforçant leur légitimité.
La dimension internationale devient également un facteur stratégique. Face aux incertitudes du cadre français, certains organisateurs optent pour des implantations dans des pays européens disposant d’une réglementation plus stable et libérale, comme la Suisse, l’Italie ou l’Allemagne. Cette stratégie permet de maintenir une activité événementielle tout en limitant les risques juridiques.
L’évolution vers un modèle de salon hybride, combinant présence physique et plateforme digitale, offre également une solution de résilience. La composante digitale permet de maintenir le lien avec la communauté professionnelle même en cas d’obstacles administratifs à l’organisation d’événements physiques.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu majeur réside dans leur capacité à concilier innovation commerciale et respect scrupuleux d’un cadre légal en mutation. Cette approche équilibrée constitue la clé de la pérennisation des événements dédiés aux fleurs de CBD en France.
